DEVELOPPEMENT DE L'ENFANT

de 0 à 6 mois

A la naissance, le bébé n’a pas conscience de son existence propre. Il vit dans un monde où il n’y a pas de frontière entre lui et les autres, lui et les objets. Il est sa mère, la couverture, le sein, l’air qu’il respire. Il se trouve dans un état de dépendance absolue [1]envers sa mère, qui va tenter de répondre le mieux possible à ses besoins. Son entourage fait pour lui, parle pour lui, pense pour lui. Pendant que la mère (ou la personne qui prend soin de lui) s’occupe de tout, l’enfant s’occupe de lui. Enroulé sur lui-même, il analyse toutes ses sensations, il constuit son centre corporel et son noyau psychique.

Pour communiquer son mal-être, il pleure et gesticule. Que ce soit la faim, une douleur, une couche-pleine, un bruit, il ressent une souffrance interne, une détresse dans tout son être. Son corps se crispe, il grimace, il hurle. A ce stade, il n’est pas encore capable de se rassurer lui-même. Seul l’environnement peut dissoudre son angoisse psychocorporelle, par une présence, un soutien, un mot, une chanson, un bercement. Pour se sentir en sécurité, il a besoin d’être porté, tenu, soutenu, enveloppé de douceur, de tendresse, d’amour, mais aussi de mots et d’affects. Si, trop souvent, son seuil de tolérance est dépassé, si personne ne vient répondre à ses douleurs physiques et psychiques, il ressent le vide, le manque, la solitude, une angoisse primaire. Son seul moyen de compenser sera dès lors de durcir son enveloppe psychocorporelle.

L’enfant se sert de sa tonicité de manière tout à fait innée pour communiquer avec autrui. Bébé est détendu, tout va bien. Bébé s’agite, se crispe, hurle, quelque chose ne va pas. Il tente aussi de nous communiquer ce qu’il vit intérieurement par des gestes spontanés, des réflexes primaires, des mimiques. Plus la mère tente de comprendre ce que vit l’enfant, plus celui-ci aura le sentiment d’être compris, accepté, aimé. Si ses besoins sont satisfaits, il aura confiance en lui, en l’autre et en la vie. Car l’empathie fait naître un sentiment de plénitude, une satisfaction interne qui vide l’organisation de toute tension et qui le remplit d’éléments entièrement bons. Il peut alors affronter les désagréments, les douleurs, le manque et le vide, qui font parti de la vie.

C’est également par sa tonicité que le bébé capte les informations venant du monde extérieur. Il est tel une éponge qui absorde les tensions de son entourage. Cependant une mère ne peut être toujours détendue, calme et sereine. Les premiers instants de vie avec son enfant sont souvent remplis de doutes et de questionnements. Plus elle fera confiance à ses ressentis, plus elle se mettra en lien avec ce qu’elle ressent intuitivement, plus elle cherchera à capter les signaux, à comprendre son enfant, plus la communication sera aisée. C’est dans cet espace de communication, tonique, vibratoire, énergétique, qui passe aussi par les affects et les gazouillis, que la conscience de soi de l’enfant s’élabore.

Après ces premières semaines de vie où la mère répond aux besoins de l’enfant rapidement, celui-ci peut progressivement apprendre à vivre avec la frustration de l’attente. Tendresse et douceur rythmées avec les frustrations inévitables de la réalité vont lui permettre d’intégrer ses sensations et d’apprendre à communiquer ses états intérieurs.

Avant 6 mois, le corps lutte contre la pesanteur et chaque partie se vit comme indépendante les unes des autres. L’enfant cherche à ce moment-là à trier tout ce qu’il vit. Il découvre la motricité, ses sensations, les sentiments, les tensions corporelles, les représentations, les relations. Face à sa mère, yeux dans les yeux, il se voit et se lit. Le bébé a besoin de la réciprocité du regard de sa mère pour se construire et s’ériger dans l’espace car avoir un soi, c’est pouvoir se situer face à l’autre. Tout cela va progressivement s’intègrer dans sa colonne vertébrale en même temps que son axe psychique se développe.

Aux alentours de 6 mois, l’enfant acquiert une sensation de globalité et d’unité. Il est maintenant capable de différentier ses émotions de ses apprentissages. Rassemblé autour de son centre, sécurisé à l’intérieur, il peut alors tourner son regard vers le monde, le dehors, le différent. Il entre alors dans le monde du jeu. L’enfant a besoin que sa mère joue avec lui, partage ses découvertes de choses, de lieux, de personnes, sans pour autant l’étouffer. Cette participation, avec le plaisir qu’elle prend à ces jeux, est une condition affective nécessaire pour qu’un jour l’enfant acquiert la capacité à être seul.

 

Sources

Winnicott, La mère suffisamment bonne

Suzanne Robert-Ouvrey, L’enfant tonique et sa mère

G. D-Struyf, La vague de croissance psychocorporelle de l’enfant

F. Dodson, Tout se joue avant 6 ans 

T. Berry Brazelton, Points forts, De la naissance à 3 ans